Ce soir, quand j'ai cherché mon monstre sous le lit, j'ai trouvé cette note à la place. « Parti pêcher. De
retour dans une semaine. Gabe. » Qu'est-ce que j'allais faire ? J'avais besoin d'un monstre sous mon lit.
Comment pourrais-je m'endormir si mon monstre était parti ?
J'ai essayé de dormir, mais ce n'était pas la même chose sans Gabe. Son souffle rauque me manquait. Le
sifflement de son nez. Le grincement de ses griffes non taillées. Comment pourrais-je m'endormir sans les bruits
effrayants et familiers de Gabe et sans sa flaque verte si effroyable ? Cela ne servait à rien. Gabe était parti
pour une semaine et il fallait absolument que j'aie un monstre.
Je suis sorti discrètement du lit pour que mes parents ne m'entendent pas. Les adultes ont de bien étranges
idées sur les monstres qui se cachent sous les lits. J'ai toqué sur le parquet, puis je me suis précipité sous
mes couvertures. J'attendais nerveusement. Un nouveau monstre allait-il apparaître ? À quoi ressemblerait-il ?
Son grognement serait-il aussi enjoué que celui de Gabe ?
Lorsque j'ai entendu des craquements sous mon lit, j'ai su que le monstre remplaçant était arrivé.
- Bonsoir, dit une voix basse et haletante. Je m'appelle Herbert et je serai ton monstre pour la
soirée.
- Herbert ? Mais c'est quoi ce nom pour un monstre ?! Tu ne fais pas peur du tout. As-tu déjà fait peur à
un enfant ?
- Eh bien, non, mais j'ai lu tous les meilleurs livres sur le sujet.
- As-tu de longues dents et des griffes acérées ? Demandai-je.
- Non, mais j'ai des dents qui se chevauchent. Et je respire par la bouche. Tu entends ?
Le halètement de Herbert était un peu effrayant, mais ce n'était pas suffisant pour moi.
- Écoute, Herbert, je suis désolé. Mais ça ne va pas marcher. Rien de personnel, mais j'ai vraiment
besoin d'un monstre avec des griffes.
- Tu es difficile, vraiment difficile, se plaignit Herbert. Comme tu veux. Je m'en vais.
Il y eut d'autres craquements. Et Herbert avait disparu. Des grattements m'ont averti qu'un deuxième monstre
était apparu.
- Bonsoir, dit-il d'une voix haute et douce. Je m'appelle Ralph. J'entends que tu as besoin d'un
monstre avec des griffes. Si tu veux bien te pencher, je vais te tendre une main pour que tu puisses
l'examiner.
Je me suis accroupi sur le bord du lit, espérant voir un horrible bras hirsute avec des ongles tranchants et
irréguliers. Au lieu de cela, j'ai été étonné de voir une fourrure lisse et brossée avec des griffes régulières
et brillantes.
- Excusez-moi, je ne veux pas être impoli, ai-je commencé, mais c'est bien du vernis à ongles sur
tes griffes ?
- Oui, c'est ça, répondit Ralph. Je pense que les monstres professionnels devraient toujours être
présentables.
J'ai compris que cela n'allait pas marcher non plus.
- Je suis désolé de te décevoir, Ralph, mais j'ai besoin d'un monstre avec des griffes effrayantes.
Comme celles de Gabe, pensai-je. J'ai entendu d'autres grattements et j'ai su que Ralph était parti.
Une minute plus tard, une troisième voix provenant de sous le lit a éructé :
Regarde ces griffes, gamin.
J'ai pris mon courage à deux mains et j'ai jeté un coup d'œil. Les griffes étaient impressionnantes, saillantes,
sombres et tranchantes comme des rasoirs. Jusqu'à présent, rien à redire. J'étais un peu nerveux.
- Tu peux sortir ta queue ? ai-je chuchoté.
- Ouais. Mais n'aie pas peur !
J'ai jeté un coup d'œil à travers mes doigts à la queue visqueuse qui glissait sur le pied de mon lit. C'est là
que j'ai remarqué le noeud.
- Tu es une fille monstre ?
- Bien sûr, s'énerva-t-elle. Je m'appelle Cynthia. T'as un problème avec ça ?
- Euh, oui, en fait, ai-je admis. J'ai vraiment besoin d'un monstre garçon. Les monstres garçons
sont pour les garçons et les monstres filles sont pour les filles. Tout le monde le sait.
- Tu es bien difficile, renifla-t-elle, puis elle avait disparu.
Suis-je trop difficile ? Non, je savais que mon monstre devait être bien griffu et menaçant. Après tout, le but
d'avoir un monstre était de me garder au lit, à imaginer toutes les choses effrayantes qui pourraient arriver si
j'en sortais. Puis j'ai entendu un bruit sourd.
Et comme de la bave. Un quatrième monstre était sous mon lit.
- Coucou. Je m'appelle Mack.
Un coup d'œil à ses griffes a prouvé que Mack était un gros monstre garçon débraillé. J'en eus des frissons.
Peut-être que ça ira avec celui-ci.
- Ce sont d'excellentes griffes, mais as-tu une longue queue ? Je me suis penché pour voir.
- Non, ma queue est trapue, Mack bava.
- Mais j'ai une langue looooongue, très loooooongue !
- Pourquoi aurais-je peur d'une longue langue ? Demandai-je.
- Oh, je ne sais pas, dit-il, essayant de paraître terrifiant. Tu ne sais jamais quand je
pourraaaiii... te lécher !
Je me suis retombé sur le lit en riant.
- Si tu ne veux même pas faire un effooort avec moi... gémit Mack.
Je me suis retenu de rire à nouveau.
- Je ne peeeense pas que tu devrais me renvoyer, m'avertit-il. Les enfants qui rejettent cinq
monstres en une nuit...
- Je N'ai PAS rejeté cinq monstres en une nuit ! je l'interrompis. Mon monstre ordinaire est parti
à la pêche.
- À la pêche, hein ? Peut-être qu'il est parti parce que tu es siiiii difficile. Très bien. Je m'en vais.
Mais je ne m'attendrais pas à un autre monstre ce soir si j'étais toi.
Comment pourrais-je m'endormir sans mon monstre ?
J'ai été surpris d'entendre d'autres craquements sous le lit. Un grand craquement. Avec des grattements.
- Je pensais qu'il n'y aurait plus de monstres ce soir. dis-je.
Désolé, je suis en retard, gamin. Ouf. C'était Gabe. Je pensais que je voulais pêcher, mais au final
ça ne me disait rien, a-t-il expliqué. Ces poissons prennent peur trop facilement. Il n'y a aucun
défi là-dedans. Toi, en revanche, tu es un sacré défi, mon ami. Tu es presque trop vieux pour avoir peur des
monstres. Tu me tiens en haleine. Ah en parlant d'haleine... je me ferai bien un petit casse-croûte.
Le lit frémit tandis que l'estomac de Gabe gronde de faim.
- Maintenant, si cela ne te dérange pas, j'aimerais commencer la soirée avec une inquiétante flaque de
bave.
J'ai jeté un coup d'œil par-dessus le bord du lit. La flaque verte s'est répandue sans bruit. Puis le lit
trembla alors que Gabe déroulait sa queue à pointes. Il m'a défié de deviner où il pourrait apparaître. J'en eus
des frissons.
- Alors, tu as accueilli des monstres remplaçants ce soir, dit Gabe en aiguisant ses griffes. sur mon
lit. As-tu eu... Peuuur ?
Puis Gabe a commencé à tapoter. J'ai compris qu'il voulait savoir si j'avais encore besoin de lui.
- Aucun autre monstre ne peut me faire peur comme toi !
J'ai ri, plongeant sous mes couvertures et les tirant fermement. À travers la couverture, j'ai entendu les
grognements doux et réconfortants de Gabe.
- Ha ! Je le savais ! Nous sommes faits l'un pour l'autre, a-t-il grogné.
Lorsque ma couverture a commencé à glisser du lit, j'ai su que Gabe était prêt à manger.
- Comme tu le sais, j'ai un petit creux, alors maintenant, s'il-te-plait, sors ton pied du lit,
dit-il, j'aimerais grignoter ton petit doigt.
J'ai remonté ma couverture et j'ai replié mes pieds pour que Gabe ne puisse pas les attraper.
- Pas d'orteils ce soir, mais tu peux avoir ça, ai-je proposé, en poussant un oreiller du lit.
Je ne l'ai même pas entendu toucher le sol. Gabe était de retour.
Sa flaque était parfaite. Tout était redevenu normal. J'en eus encore des frissons. Je m'endormirais en un rien
de temps.